Chapeau vert, 2025, huile sur toile, 25 x 30 cm
Chapeau vert, 2025, huile sur toile, 25 x 30 cm

J'explore l'espace du souvenir, les liens intimes et les écarts entre les différentes générations, afin de susciter l'imaginaire et de soulever de nouvelles correspondances. J'imagine un dialogue entre différentes temporalités — celle de mon enfance et celle d'aujourd'hui — que je construis de manière intuitive, par l'acte de peindre

Je m'appuie sur des fragments — regards, mains et silhouettes — comme autant de points d'ancrage à partir desquels la mémoire se forme et se déforme, mais aussi sur des éléments de décor qui me sont familiers, comme les rideaux du salon, le piano de mon père et les volets verts de mon enfance, que je considère comme des éléments primitifs.

Chaque peinture résonne comme une synthèse de temporalités, à l'image de nos espaces habités que l'on a traversés des centaines de fois sans pouvoir en fixer une image unique.

Je suis fascinée par les grottes préhistoriques, les scènes silencieuses d'Edward Hopper et les Portraits du Fayoum, où le corps semble entièrement absorbé dans une atmosphère ou captivé par un regard. Cette sensation de pouvoir se perdre, se cacher ou bien se blottir dans l'œuvre est une chose que je souhaite provoquer dans mon travail. La peinture à l'huile me permet d'approcher cet état d'envoûtement, à la fois sensoriel et mental.



Texte de Camille Paulhan pour le catalogue des diplômés 2022 des Beaux-Arts de Paris, Exposition « Les yeux distraits », 2022

Cela pourrait être un détail d'une photographie de famille : une main d'adulte a passé derrière le cou d'un enfant, elle pend sur sa poitrine. Le jeune garçon, affublé d'un costume d'arlequin, arbore un visage fermé, des lèvres pincées. Si la photographie était complète, peut-être ne verrait-on pas cette mine poupine aux désirs hermétiques. Dans ses peintures, Brune Doummar semble avoir toujours délibérément effacé quelques détails pour mieux nous concentrer sur d'autres : les enfants qui hantent ses toiles apparaissent par bribes, et leurs corps souvent s'évanouissent en fragments choisis. Parmi ces derniers, les yeux paraissent être tenus en haute importance par la peintre : qu'ils soient dans le vague, accusateurs, tournés vers un extérieur dont on ne discernera rien ou discrètement effacés, ils occupent tous une place de choix dans ses peintures. Le diplôme s'appelait d'ailleurs Les yeux distraits, et il faut bien comprendre cette distraction comme une absorption profonde, et non une rêverie légère.

Les scènes silencieuses de Brune Doummar sont autant d'hommages mélancoliques à la gravité de l'enfance, et si ses modèles ont été transformés en personnages de théâtre et émergent fréquemment de rideaux rappelant l'univers de la scène, c'est pour signaler que les apprentissages les plus habituels de la vie des enfants – initiation à la musique, pose pour les photographies, attente sage du goûter… – relèvent d'une comédie qui confine parfois à l'absurde. Les enfants muets de Brune Doummar ont volontiers une apparence grotesque, mais il faudrait avoir les yeux bien clos pour ne pas voir que derrière la figure du bateleur se cache souvent le saint de l'icône.

Camille Paulhan